Motion

Avenir de l’emploi.
Emplois d’avenir

Motion de congrès 2026 de la FGTB Liège-Huy-Waremme

L’industrie pour une société juste, solidaire et résiliente

Face à la flexibilisation du travail, à la précarisation des emplois et à la désindustrialisation, il est urgent de créer des emplois de qualité et pour ce faire, de mettre en place une politique industrielle publique stratégique et ambitieuse.
Afin de servir durablement les travailleuses et travailleurs, la collectivité en général, cette politique doit faire l’objet d’un pilotage public, dans la bonne gouvernance et la transparence. Le rôle des syndicats doit y être renforcé et assuré car nous sommes également garants d’une vision de long terme, de l’intérêt général, libérée des logiques électorales et des intérêts financiers individuels.
Un développement industriel aligné sur les besoins économiques, sociaux et environnementaux de notre territoire :
crée des emplois de qualité, qui constituent le socle d’une société juste et solidaire. Ils permettent de financer durablement la sécurité sociale et les services publics, piliers de notre modèle social.
renforce notre résilience collective face aux crises climatiques, énergétiques, géopolitiques et financières. Il est plus que jamais indispensable de garantir la production de biens et services essentiels, de maîtriser nos chaînes de valeur et de relocaliser les productions stratégiques.
Ce développement industriel ne pourra pas avoir lieu sans un approvisionnement énergétique sûr, abordable et durable, condition indispensable du progrès économique, social et environnemental.
L’industrie, c’est notre histoire, mais aussi notre avenir.

Un travail collectif

Les constats et revendications présentés ici sont issus des réflexions menées par le groupe de travail « Emploi – Industrie – Energie» réunissant des membres de l’interprofessionnelle et des centrales de la Régionale.
Ce travail collectif a été enrichi par les contributions d’intervenant·e·s issu·e·s de fédérations syndicales, de gestionnaires de réseaux énergétique, d’organes de concertation, d’organes de développement économique (région liégeoise et Wallonie), de fédérations environnementales. Nous les remercions vivement pour le partage de leur expertise et leur disponibilité.

Constats et revendications

Cette motion dresse une série de revendications syndicales fondées sur des constats préoccupants quant à la situation de l’industrie en Wallonie, tels que discutés dans le cadre du groupe de travail.
Une industrie européenne sous pression croissante, fragilisée par la concurrence internationale et le manque d’investissements publics ;
Un manque de vision et d’anticipation des décideurs politiques à tous les niveaux de pouvoir ;
Une capacité de production et d’approvisionnement énergétique insuffisante, freinant le développement industriel ;
Des prix de l’énergie particulièrement élevés, volatils et sensibles aux crises géopolitiques à l’international ;
Une décarbonation représentant un défi majeur pour l’industrie ;
Une forte dépendance aux matières premières (toujours plus rares et aux prix volatils) rendant nos entreprises vulnérables ;
Une richesse inexploitée de nos friches industrielles, dont le potentiel de développement est considérable.
Cette liste, non-exhaustive, est vouée à évoluer au cours des prochaines années.

Industrie européenne sous pression

Notre industrie européenne est entrée en zone de turbulences. Sur 19 secteurs analysés dans le rapport Syndex (cabinet d’expertise – sur les secteurs d’Industrie All), seules la défense et l’aéronautique se portent réellement bien. Si tous ne sont pas en déficit, beaucoup d’entreprises industrielles désinvestissent en Europe, même lorsqu’elles réalisent d’importants profits.
Cette situation s’explique en grande partie par une concurrence mondiale toujours plus féroce dans le cadre d’une économie libéralisée. Les Etats-Unis comme la Chine recourent à des politiques protectionnistes et à des surcapacités de production pour inonder les marchés internationaux et affaiblir leurs concurrents.
A titre d’exemples, la Chine inonde le marché européen avec de l’acier chinois à bas coût, dopé par des subventions massives. Les betteraviers européens font face à une concurrence déloyale, exacerbée par les accords commerciaux et les disparités de normes de production, avec le risque de voir disparaitre sous peu les filières de production de sucre en Europe.
L’Europe perd du terrain dans ses secteurs stratégiques, comme en témoigne la situation fragile de Northvolt (Suède), autrefois présenté comme un espoir européen dans le domaine des batteries.
Face à ces défis, l’Union Européenne se réveille trop tard et met des bâtons dans les roues de son industrie. Bien qu’une réflexion sur la politique industrielle européenne soit aujourd’hui, tardivement, à l’ordre du jour, les contraintes budgétaires européennes limitent drastiquement les capacités d’actions publiques et empêchent les Etats membres de réaliser nombre d’investissements nécessaires à un développement industriel équilibré.
Sous couverts de simplification administrative, certains dispositifs ouvrent la voie à la dérégulation. Le paquet Omnibus permet notamment de détricoter les normes de durabilité en permettant d’ignorer les violation des droits sociaux et de l’environnement en amont de la chaîne de valeur.

Face à ces constats, la FGTB Liège-Huy-Waremme formule plusieurs revendications claires :

  • Mettre en place une protection réelle des industries européennes en défendant un véritable « Made in Europe » dans ses secteurs stratégiques ;
  • Faire des marchés publics un instrument au service de l’emploi, de la collectivité et de la transition grâce à des clauses sociales et environnementales contraignantes ;
  • Lutter contre la concurrence déloyale entre les Etats membres en imposant aux produits importés les mêmes normes sociales et environnementales qu’à la production européenne ;
  • Protéger l’emploi par un pilier social fort, des services de formation et d’accompagnement à la reconversion professionnelle ne laissant aucun·e travailleur·euse sur le côté ;
  • Renforcer la concertation sociale et le développement syndical partout en Europe ;
  • Réformer le pacte budgétaire de l’UE afin de permettre des investissements publics massifs dans les secteurs stratégiques de l’industrie, assortis de conditions strictes de création d’emplois de qualité sur le long terme.

Manque de vision et d’anticipation des décideurs politiques

Le manque de vision et d’anticipation des décideurs politiques conduit à des politiques coûteuses et inefficaces, au détriment de l’intérêt général. Cela se traduit notamment par le fait qu’en 2026, le gouvernement wallon envisage une réforme de l’innovation axée sur le seul but de développement économique, en laissant de côté les objectifs sociaux et environnementaux, pourtant indispensables pour que l’innovation soit synonyme d’un développement industriel durable.
En outre, les organisations syndicales et environnementales ne sont plus entendues : elles sont exclues des espaces de définition des politiques industrielles. Le Forum industriel wallon organisé par le gouvernement n’écoute que les fédérations patronales, qui plaident pour un laisser-faire des entreprises. Cela mène à des logiques de dérégulation sous couvert de simplification administrative, à un nivellement par le bas des normes sociales et environnementales, au nom de la compétitivité et à l’octroi d’aides publiques massives non conditionnées. Aussi, la Wallonie soutient toujours plus d’entreprises qui n’emploient que des flexi-jobs : c’est totalement inacceptable.

Nous demandons donc :

  • Une planification industrielle publique ambitieuse, construite à partir des besoins économiques, sociaux et environnementaux de nos territoires ;
  • Une indispensable mise en place d’une vision cohérente en matière de développement d’infrastructures, de politique de mobilité, de capacité énergétique et d’aménagement du territoire pour permettre le développement d’activités durables et attirer les investissements sur l’ensemble du territoire ;
  • Un soutien public aux secteurs stratégiques, assorti d’un conditionnement des aides à des emplois de qualité, au respect du dialogue social et au maintien des activités sur le territoire ;
  • Une identification des maillons manquants des chaînes de valeur. Il est ridicule de voir le bois wallon être massivement exporté en Chine avant de revenir transformé dans nos magasins de bricolage ;
  • Une représentation syndicale dans tous les organes publics sociaux et économiques. Afin d’accroître l’utilisation de ceux-ci dans l’intérêt du redéploiement industriel.

 

Manque d’approvisionnement énergétique

L’accès insuffisant à l’énergie constitue un frein majeur au développement économique et à la décarbonation de l’industrie, tout particulièrement en Wallonie. Les délais de raccordement devenus beaucoup trop longs ne permettent pas de rencontrer les besoins de transformation industrielle dans la région : certains projets doivent attendre 5 à 10 ans avant de pouvoir se connecter, une aberration ! Par exemple, le groupe hôtelier Vandervalk est proche de finaliser la construction d’un hôtel dont le raccordement électrique n’est pas garanti. Faute d’infrastructures de réseau adaptées, le cimentier Holcim est quant à lui forcé de décaler son nouveau plan d’investissement dans la décarbonation.
Dans le même temps, les capacités du réseau sont de plus en plus captées par des usages fortement consommateurs, comme les datacenters, sans anticipation ni évaluation suffisante des besoins collectifs à long terme. Face aux tensions sans précédent sur le réseau, le gouvernement wallon déploie des contrats de raccordement flexibles, faisant peser un risque sur le volume d’emplois.
Enfin, alors que nous importons toujours plus d’électricité, le monde politique au fédéral a fait le choix de mettre à l’arrêt des plans d’investissements éoliens en mer du Nord et a décidé de sortir progressivement de la production d’énergie nucléaire. La mise en place de la Boucle du Hainaut, essentielle pour acheminer l’électricité renouvelable, est elle aussi freinée par le Gouvernement wallon, alors qu’elle constitue un maillon stratégique de notre approvisionnement énergétique.

La FGTB Liège-Huy-Waremme appelle à :

  • La concrétisation urgente de la Boucle du Hainaut pour acheminer l’indispensable électricité éolienne en Wallonie.
  • Le déblocage des plans d’investissements éoliens principalement en mer du Nord.
  • La révision urgente de la règle du premier arrivé, premier servi sur le réseau. A ce jour, le raccordement d’un nouveau gros datacenter à Liège empêcherait le développement économique du territoire pendant 10 ans.
  • Une meilleure anticipation des besoins en matière de réseau, à travers une véritable planification publique de l’énergie et une concertation des différents acteurs.

Des prix de l’énergie élevés et extrêmement volatils

En Europe, les prix de l’énergie sont plus élevés qu’ailleurs, notamment en raison de notre forte dépendance au gaz importé depuis la Russie, les Etats-Unis et le Moyen-Orient.
Ils sont également extrêmement volatils, à cause du mécanisme européen de fixation des prix de l’électricité en fonction des prix du gaz. Ce mécanisme enrichit directement les multinationales en cas de flambée de prix, et pèse lourdement sur les ménages et les entreprises.
En conséquence, le conflit au Moyen-Orient qui a démarré le 28 février 2026 a immédiatement déclenché une flambée des prix de l’énergie en Europe et un retour des surprofits. TotalEnergies a ainsi déjà engrangé 1 milliard de dollars en achetant 34 millions de barils de pétrole avant le début du conflit.
Cette situation fragilise les secteurs plus intensifs en énergie (chimie, cimenterie, sidérurgie, transport, agroalimentaire…), pour lesquels les chocs de prix se répercutent sur les investissements et l’emploi. Les discours sur de prétendus coûts salariaux trop élevés en Belgique ne doivent pas masquer la réalité : malgré l’indexation si souvent remise en cause, nos salaires ont augmenté 1,1% moins vite que dans les pays voisins depuis 1996 à cause de la modération salariale. C’est l’intensité énergétique et la volatilité des prix qui rendent notre industrie vulnérable aux chocs.

La FGTB Liège-Huy-Waremme revendique :

  • Une révision urgente du mécanisme de fixation des prix de l’énergie ;
  • Une taxation effective des surprofits réalisés sur le dos des citoyen·ne·s ;
  • Une reprise en main publique du secteur de l’énergie, car l’énergie est un bien essentiel et stratégique qui ne peut être abandonné à une logique de profits à court terme.

Enjeux de la décarbonation

La transition écologique et énergétique nécessaire pour faire face au défi climatique est d’une ampleur et d’une rapidité sans précédent. La politique de neutralité carbone implique une transformation profonde des procédés de production, des sources d’énergie utilisées (électricité, hydrogène, …) et le renforcement de la circularité, qui ne pourra se concrétiser sans investissements massifs, innovation, recherche et développement.
Cette transformation ne se limite pas à des questions techniques : elle a des conséquences directes sur les travailleur·euse·s ainsi que sur leurs familles. Derrière chaque politique environnementale menée, il y a des vies, des parcours professionnels, des secteurs et des territoires qui doivent être pris en compte.

C’est pourquoi nous réclamons :

  • Des investissements massifs dans les outils existants ;
  • Des investissements massifs dans la décarbonation (publics et privés), assortis d’un conditionnement strict des aides. Les aides octroyées dans le cadre des accords de branches étaient trois fois supérieures aux investissements réalisés, c’est inacceptable ;
  • Des investissements renforcés dans la recherche et le développement et une meilleure valorisation de la recherche ;
  • L’intégration systématique de considérations sociales dans toutes les mesures environnementales et réciproquement ;
  • Une orientation des marchés publics encourageant un recours accru aux produits bas carbone ;
  • L’imposition progressive de produits bas carbone accessibles. Par exemple, l’acier bas carbone n’augmente le prix de la voiture que de 0,5% ;
  • La mise en place d’un observatoire de la transition juste pour une décarbonation socialement maîtrisée, anticipant les impacts sur l’emploi, accompagnant les travailleuses et travailleurs et assurant le suivi social de la transition.

Dépendance aux matières premières

L’Union européenne présente une dépendance critique envers des pays tiers, en particulier la Chine, pour son approvisionnement en matières premières stratégiques nécessaires à la transition écologique et numérique (telles que les terres rares, le lithium ou le magnésium). Ce décalage permet aujourd’hui à la Chine de produire 75% des batteries lithium-ion. Cette dépendance fragilise notre autonomie industrielle et expose nos secteurs stratégiques à des tensions d’approvisionnement.
Dans le même temps, les matières premières issues de nos centres de tri continuent trop souvent à quitter l’Europe au lieu d’être réinjectées dans des filières locales de production, pour générer des profits à court terme.

Face à ces constats, la FGTB Liège-Huy-Waremme revendique :

  • Le développement de la circularité, afin de réduire notre dépendance aux importations, de créer des filières locales durables et de générer des emplois ;
  • La création de structures publiques et/ou encadrées par le public pour que ces services soient porteurs d’emplois de qualité et accessibles à toutes et tous ; Le renforcement de la recherche et du développement, notamment pour améliorer les procédés et réduire les risques sur la santé ;
  • Une circularité au cœur de la politique industrielle, anticipée et suivie par les pouvoirs publics, afin d’éviter que des projets porteurs, comme celui de la « reverse metallurgy » ne soient bloqués par manque de terrains ou de réactivité politique.

Richesse inexploitée des friches

Liège dispose de friches industrielles uniques en Europe, par leur superficie et leur potentiel, mais encore largement sous-exploitées. Les anciens sites d’ArcelorMittal couvrent à eux seuls près de 300 hectares, le site le plus grand étant celui de Chertal.
Or, ces espaces ne sont pas valorisés par manque d’investissements, de coordination entre acteurs (publics d’une part et avec le privé d’autre part) et d’approvisionnement énergétique à la hauteur des besoins. Au vu des nombreuses étapes nécessaires à leur reconversion industrielle durable, l’anticipation, la planification et le suivi politique exigent de s’inscrire dans le temps long.

La FGTB Liège-Huy-Waremme exige :

  • Un approvisionnement énergétique rapide et fiable ;
  • Une gestion publique de toutes les friches, afin d’y privilégier les projets durables et des emplois de qualité ;
  • Le renforcement de la coordination entre les différentes institutions et acteurs (publics et privés) pour mieux attirer les investisseurs ;
    Une vision politique de long terme, fondée sur l’anticipation.

La FGTB Liège-Huy-Waremme s’engage

Ce travail n’est qu’un début : il continuera les quatre prochaines années pour aboutir à des pistes concrètes pour un développement industriel comme socle d’une société juste, solidaire et résiliente.

Ce travail syndical est indispensable, car nous sommes les garants d’une vision stratégique à long terme, indépendante des cycles politiques et guidée par un seul objectif : défendre durablement l’intérêt des travailleuses et des travailleurs de notre Région. Cette place doit être garantie dans les organes existants, contrairement aux souhaits de certains.

 

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