Carte blanche
« Les syndicats et associations tirent la sonnette d’alarme sur les violences policières »
Le 12 mars dernier, les syndicats ont rassemblé plus de 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles. Jeunes, travailleur·euses, précaires… cette mobilisation massive a dénoncé des politiques qui nuisent toujours un peu plus au monde du travail.
Les manifestant·es ont exercé ce jour-là un droit fondamental : celui de manifester. L’Etat a choisi la force comme réponse unilatérale. Il est plus que temps d’arrêter de minimiser le phénomène des violences policières. De nombreux témoignages font état de charges subites, d’usage de gaz lacrymogène et de pratiques d’intimidation. Plus grave encore : plusieurs manifestant·es rapportent l’impossibilité d’identifier certain·es agent·es qui ne disposaient d’aucune mention de matricule visible sur leur uniforme, identification pourtant légalement obligatoire. Dans un État de droit, ce n’est pas un détail mais un problème démocratique majeur : sans identification, pas de responsabilité. Sans responsabilité, impossible de demander sanction et réparation.
D’autres témoignages encore font état d’intimidations ciblées et de violence physique à l’encontre de manifestant·es en raison de leur engagement syndical, humanitaire ou de leurs opinions politiques. La répétition de ces faits dessine une réalité préoccupante : celle d’un maintien de l’ordre qui dépasse son cadre pour devenir un outil de répression politique.
Ces agissements sont inacceptables. Le rôle des forces de l’ordre n’est pas de dissuader l’expression populaire mais d’en garantir son exercice dans un cadre sécurisé. Ce qu’il s’est passé ce 12 mars 2026 envoie un message clair : exercer son droit de manifester, de contester ou de simplement s’engager expose à une violence étatique. Aucune démocratie ne peut fonctionner dans de telles conditions.
La colère exprimée dans la rue est légitime : elle est le fruit de politiques qui fragilisent les droits sociaux, précarisent des générations entières et étouffent les perspectives d’avenir de toutes et tous. Répondre à cette colère par la force, c’est faire le choix de l’affrontement plutôt que du dialogue. C’est un choix politique qu’assument aujourd’hui les partis de l’Arizona.
Face à ce constat, il ne peut y avoir ni silence ni résignation.
Nous demandons qu’une enquête soit menée sur les événements violents du 12 mars dernier. Cela implique un recueil systématique des témoignages, une analyse rigoureuse des interventions policières et, lorsque des abus seront établis, des sanctions effectives et à hauteur de la gravité des débordements identifiés. Nous appelons également toutes les personnes ayant été témoins ou victimes de violences à saisir le Comité P, organe chargé du contrôle des services de police. Ce recours à lui seul ne suffira pas : encore faudra-t-il que les conditions soient enfin réunies pour permettre une réelle prévention des violences policières lors de futures manifestations. Cela exige une application stricte de la loi sur la fonction de police du 5 août 1992 (modifiée en 2014) qui suppose des agents identifiables par matricule et une volonté politique de transparence et de contrôle de son corps de police. Sans cela l’impunité s’installe et, avec elle, la défiance.
Nous le rappelons avec force : le droit de manifester n’est pas une tolérance accordée par le pouvoir. C’est un droit fondamental, au coeur de toute démocratie digne de ce nom. L’affaiblir même indirectement, c’est affaiblir l’ensemble de nos libertés. L’histoire sociale de la Belgique illustre l’importance capitale de protéger ce droit : le suffrage universel, l’interdiction du travail des enfants, les congés payés … Autant de victoires arrachées par la grève générale. De Jemappes jusqu’à Roux et en passant par Piétrebais, des travailleur·euses ont perdu leur vie pour que nous puissions profiter de la nôtre. Il n’existe aucun droit, même le plus infime, qui n’ait été obtenu sans rapport de force.
C’est pourquoi nous continuerons aujourd’hui comme demain à nous mobiliser. Céder à l’intimidation reviendrait à accepter le recul de nos droits. Se taire reviendrait à consentir. Une démocratie qui tolère la violence contre celles et ceux qui la font vivre est l’un des symptômes d’une démocratie qui se délite. Nous ne disparaîtrons pas.
Nous continuerons à manifester, à nous organiser, à lutter. Parce que la rue n’appartient pas à ceux qui la contrôlent ; elle appartient à celles et ceux qui s’y battront pour défendre leurs droits le mardi 12 mai.
Signataires : Association Culturelle Joseph Jacquemotte Barricade ASBL Bureau Wallon des Femmes de la FGTB CADTM -Comité pour l’abolition des dettes illégitimes CGSP ALR Bruxelles CGSP Police Bruxelles CNAPD Comité belge des ami·es de la commune de paris de 1871 Coordination antifasciste de Belgique Ecolo J Fédération des Étudiant·es Francophones FGTB Liège-Huy-Waremme FGTB Wallonne Front Antifasciste Bruxelles Front Antifasciste Liège Jeunes CSC Jeunes FGTB JOC La Cible ASBL Latitude Jeunes Ligue des Droits Humains Mouvement des Jeunes Socialistes Mouvement Présence et Action Culturelles PhiloCité Promotion et Culture ASBL Réseau ADES Voix De Femmes ASBL