Découvrez notre discours à l'occasion du 1°mai.

Comme vous le savez, pour notre santé à toutes et tous, la FGTB Liège-Huy-Waremme a été contrainte d’annuler sa fête du 1°mai syndical et associatif qui a lieu chaque année place St Paul.

Pourtant en cette année 2020, peut-être plus que jamais, les travailleurs et travailleuses, le travail qu’ils effectuent et les luttes qu’ils mènent pour de meilleures conditions de travail et une société juste et solidaire méritent d’être à l’honneur. Et c’est peu dire. À terme, il faudra faire bien plus.

Nous le savions déjà, nous le répétions souvent, cette pandémie l’aura porté à la vue de toutes et tous :

Sans notre travail, leur capital ne vaut rien ! Sans le personnel des soins de santé, des commerces, des industries, de la logistique, du transport routier, de l’enseignement, des crèches, de la police, des services propreté, de la poste, des transports en commun…Sans le courage de toutes ces personnes, cette crise sanitaire, déjà grave et meurtrière, aurait connu un tournant encore plus dramatique.

Nous le savions aussi, cette pandémie l’aura prouvé, lorsque le monde du travail demande de meilleures conditions, qu’elles soient salariales, organisationnelles ou humaines…Il a raison. C’est indispensable. Parce qu’il connaît mieux que quiconque la réalité du terrain.  Contrairement à ce que prétend la FEB. Personne, et encore moins la FGTB, n’oubliera le manque de matériel en milieu hospitalier, le nombre incalculable d’heures prestées par des équipes en sous effectifs, la faible valorisation salariale de ces métiers essentiels…

La FGTB défend toujours les services publics ou la sécurité sociale dès qu’ils sont attaqués par des politiques austéritaires. Dans la rue ou en grève s’il le faut. Aujourd’hui, il sera devenu évident que pratiquer l’austérité dans les services publics et la sécurité sociale, c’est porter atteinte au bien-être, à la santé et à la vie de la population. Quand nous martelons que ces outils sont les garants de la solidarité, de l’égalité et de la justice, qu’il ne faut pas y toucher, en aucun cas, ce ne sont pas que des mots ou des slogans. Les services publics et la sécurité sociale ont sauvé, sauvent de la misère, de la maladie des millions d’êtres humains.

Tout cela nous semble évident, est évident, devrait l’être pour toutes et tous. Et supposerait dès à présent des engagements fermes de la part de nos gouvernements pour un avenir bien différent qui tiendrait compte de ces constats.

Mais on nous répond qu’il faut d’abord gérer la crise. Et force est de constater qu’aujourd’hui les seuls à subir cette crise, à la porter à bout de bras pour que collectivement nous puissions reprendre le cours de nos vies, ce sont encore et toujours les mêmes :

Les travailleurs des métiers essentiels ;

Les travailleurs des services publics dont la continuité doit être assurée ;

Les travailleurs des titres services, de la construction, de l’industrie, entre autres secteurs, dont les employeurs enfreignent les mesures de sécurité obligatoires au nom du profit ;

Les 1.200.000 travailleurs qui ont vu leur salaire drastiquement diminuer en raison du chômage temporaire pour force majeure ; sachant que sans ce chômage temporaire, financé par nos cotisations sociales, la situation serait bien pire ;

Les jobistes qui ne peuvent prétendre à rien, les étudiants qui voient leur avenir plus incertain que jamais,

Les intérimaires dont les contrats se sont arrêtés du jour au lendemain,

Les personnes sans domicile fixe, les sans-papiers, les demandeurs d’asile qui seront les grands oubliés des « restez chez vous, prenez soin de vous » parce qu’ils n’en ont pas, de chez eux.

Impossible de les citer toutes et tous…

Et comme tant d’autres, nous nous interrogeons…Quels sont les efforts du Capital ? Des multinationales ? Des actionnaires ? Rien ne leur est demandé. Contrairement aux indépendants ou aux petites et moyennes entreprises qui subissent eux aussi la crise faute de disposer de capitaux planqués dans des paradis fiscaux.

Cette crise sanitaire, doublée d’une crise économique, triplée d’une crise sociale, aura mis en lumière les inégalités criantes de notre société. Cette crise aura aussi et surtout éclairé ce qui est essentiel et indispensable.

Une sécurité sociale forte, justement financée ;

Des services publics de qualité et accessibles ;

Une meilleure répartition des richesses entre le capital et les travailleurs.

Mais aussi un autre monde, une autre Europe où le capital n’édicte pas ses lois au mépris de notre environnement et de nos vies. Ce qui suppose à tout le moins :

La relocalisation de la production d’un certains nombres de biens qui ne peuvent en aucun cas être soumis aux contraintes du marché et de la mondialisation ;

L’annulation de dettes publiques. Tous les budgets attribués aujourd’hui pour faire face à la crise ainsi que ceux nécessaires à la relance économique ne doivent pas être comptabilisés comme dettes publiques ;

L’abandon des politiques austéritaires européennes.

Après la crise des subprimes de 2008, on a dit, la main sur le cœur : « Plus jamais ça! », « Place à un autre modèle ». On a averti les spéculateurs que leur toute puissance prenait fin. Qu’on ne laisserait plus faire. Mais qui a payé la note? Les travailleurs au sens large.

Qu’en sera-t-il de 2020 ? Tandis que les dividendes ont atteint leur plus haut niveau depuis 2010, les gouvernements belge et européen ainsi que le patronat vont-ils enfin prendre conscience que notre logiciel est avarié ? Que le tout à la finance est nuisible ? Que l’ardoise ne peut une nouvelle fois être réglée par les travailleurs et les allocataires sociaux ?

Or, les déclarations des uns et des autres - au gouvernement fédéral ou à la FEB, par exemple - démontrent le souhait de revenir aux pratiques habituelles. Que la réflexion sclérosée propre au dogmes libéraux demeure la règle. Les Pouvoirs spéciaux l’ont déjà prouvé avec :

La flexibilisation encore un peu plus les conditions de travail via l’augmentation des heures supplémentaires autorisées, une accessibilité plus grande et facile aux CDD, à l’interim…, la limitation des congés…

Nul doute qu’ils essaieront de maintenir ces mesures et d’y ajouter :

Le gel ou la modération des salaires,

La réduction des budgets dans les services publics,

Des économies dans les soins de santé,

Des réductions de cotisations sociales réduisant chaque jour un peu plus le financement de la sécurité sociale notamment via des cadeaux fiscaux aux entreprises…

Pourtant, d’autres voies existent. Le poids du prix de la crise n’a pas à être supporté une nouvelle fois par les travailleurs. La responsabilisation, si chère à la droite, ne peut pas peser que sur eux.

Le temps est venu de conditionner toute aide aux entreprises à un contrôle draconien d’éventuelles aides publiques. L’encadrement n’est pas un gros mot. Il est impératif de mettre fin au blanc-seing trop souvent offert au monde patronal. Mettre fin à l’impunité patronale doit être à l’ordre du jour de « l’après ».

Nous serons également extrêmement vigilants quant aux restrictions de nos libertés individuelles ou collectives sous prétexte de gestion de la crise sanitaire. Il est hors de question que des dispositions soient mises en œuvre sans démontrer leur utilité ou leur limitation dans le temps.

Enfin, la FGTB appelle à la concertation sociale. Une concertation sociale qui tienne réellement compte de la réalité du monde du travail mise en lumière au cours de cette crise sanitaire. Une concertation sociale qui œuvre à un monde plus juste et solidaire.

À défaut, nous ne resterons pas au balcon. C’est dans la rue que nous serons.

Pour la FGTB Liège-Huy-Waremme,

Joêl THONE, Président.

Jean-François RAMQUET, Secrétaire régional.