Et si c'était vrai ?

Amazon, distributeur exclusif du vaccin Covid19

Et si c’était vrai…

« Amazon jette son dévolu sur le secteur de la santé en créant Amazon Phama, une plateforme e-santé de livraison de médicaments. En accord avec les autorités politiques, la nouvelle plateforme sera chargée de la distribution du vaccin contre le Covid-19. Le prix du vaccin a fait l’objet de nombreuses négociations entre le gouvernement et l’ensemble des entreprises répondant à l’appel d’offre. Finalement, Amazon remporte le marché public et vendra le vaccin au prix de 499€ l’unité. Aucune autre entreprise ne pouvait rivaliser avec son réseau, ses installations, sa flotte automobile et aérienne. L’entreprise qui a déjà le monopole mondial de l’e-commerce pourrait devenir un des acteurs économiques les plus puissants dans le domaine de la santé, de la sécurité et de l’énergie d’ici 2022. Plus rien ne lui résiste, pas même les gouvernements. »

Si la publicité était vraie, ce paragraphe aurait pu être le premier d’un article sur le lancement d’Amazon dans le secteur de la santé en Europe. Il s’agit d’un canular.


Cependant, ce qui est vrai, c’est que l’entreprise vient d’étendre ces activités avec Amazon Pharmacy, une plateforme de livraison de médicaments sous ordonnance aux États-Unis, lancée à la mi-novembre 2020. En pleine crise sanitaire, ce géant du numérique, membre des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) profite une nouvelle fois de la situation pour proposer un nouveau service et s’enrichir. Le BlackFriday – l’un des week-end le plus rentable pour l’e-commerce - est l’occasion de revenir sur la face cachée du modèle d’Amazon.


Ce géant du web, fondé par Jeff Bezos, qui ne vendait à l’origine que des livres sur Amazon, est devenu le site (marketplace) d’e-commerce le plus visité d’internet. Le succès est tel que son patron est depuis 2017 l’homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à 180 milliards de dollars . L’entreprise est valorisée à 1560 milliards de dollars, ce qui fait d’elle une des entreprises les plus puissantes du globe. Le confinement a également été une aubaine pour Amazon : entre le 16 mars 2020 et le 4 novembre 2020, la valeur d’une action a doublé –de 1689 à 3241 dollars.


Ces chiffres abstraits démontrent à quel point Amazon est un géant. Lorsqu’on est une superpuissance économique – et politique par son lobbying – on a le pouvoir d’exploiter les travailleuses, les travailleurs et les ressources naturelles sans limites. Ainsi Amazon s’octroie le droit de contourner systématiquement les législations sociales, fiscales et environnementales.


Amazon détruit ses stocks d’invendus pour faire de la place aux nouveaux produits dans ses entrepôts (recyclage zéro), émet l’équivalent des émissions de C02 d’un pays comme le Portugal avec son réseau de transport et ses serveurs de données, et enfin pousse à la surconsommation au détriment de notre environnement en bradant ses prix.


Amnesty dans une étude réalisée sur quatre pays où l’entreprise est présente, révèle le système d’exploitation, de surveillance et d’intimidation du géant de l’e-commerce . Les syndicats sont envisagés comme des « risques ». L’entreprise fait tout pour empêcher leur création et contrarie leur fonctionnement en les espionnant. En France, lors du premier confinement de mars, Amazon n’a pas hésité à mettre en danger ses travailleuses et ses travailleurs pour livrer ses colis. Devant la gravité de la situation, les syndicats ont déposé une plainte qui a abouti à la fermeture du géant en avril pendant plusieurs semaines jusqu’à la mise à niveau des règles sanitaires. En réalité, les conditions de travail (santé, sécurité, horaires, rémunération, bien-être) sont si graves que les menaces de grèves sont courantes partout en Europe et dans le monde – la campagne #makeamazonpay en est l’exemple parfait.


La dernière grève en date, le 16 novembre à l’entrepôt de Sevrey, en France. Les employé.es épuisé.es par l’augmentation des commandes durant le confinement, et la CGT (syndicat français), ont demandé une prime de 1000€ ainsi qu’une augmentation de 2€/heure pour toute la durée de cette crise sanitaire. La réponse de la direction nationale fût à la hauteur du mépris d’Amazon pour ses travailleuses et ses travailleurs : une prime de présence du 1er au 31 décembre de 300€/brut soit 234€/net. Une décision unilatérale, sans négociations, intervenue le 1ier décembre à l’issue d’une réunion entre syndicats et la direction.
Amazon n’a pas fermé ses rayons de produits « non-essentiels » comme les autres magasins. Il fait donc preuve d’une concurrence déloyale. Tellement déloyale, que même la commission européenne qui n’est pas réputée pour ses décisions sociales, après deux ans d’enquête, annonçait qu’Amazon pourrait se voir sanctionner pour abus de position dominante. Cette liste d’horreur n’est pas exhaustive et n’a rien de dystopique ou d’un canular. Tout est vrai. Et c’est pour toutes ces raisons que nous devons œuvrer par des décisions politiques courageuses contre ce modèle.


Aujourd’hui plus que jamais


Les commerces locaux font beaucoup d’efforts pour survivre à cette crise sanitaire. Ils se numérisent et créent des services en ligne. Comme les librairies qui tentent tant bien que mal de résister en collectivisant leur offre. Comme les traiteurs, restaurateurs et autres commerces qui développent des click-and-collect et des services de livraison pour vendre ne fusent qu’un rien. Alors au lieu de privilégier un modèle qui favorise l’externalisation du travail, la précarisation des travailleuses et des travailleurs, la destruction de notre environnement, la spéculation et l’économie casino, l’évitement fiscal, l’abus de position dominante, pensez au plus près de chez vous. Pensez à l’économie locale, réelle, circulaire.
Nous pouvons déjà agir par notre consommation – en évitant tant que possible cette plateforme – mais nous devons surtout agir collectivement pour que des entreprises comme Amazon ne puissent impunément prendre le monopole de notre quotidien.